Réinventer l’Europe avec et pour les citoyens


Proposition du groupe CARMEN


L'Europe doit, plus que jamais, redonner confiance et espoir à ses citoyens. Le Brexit n'est qu'une manifestation parmi d’autres du nationalisme et du populisme grandissants, et de la suspicion exprimée envers les institutions et le projet européens. Ce sentiment est alimenté par une situation mondiale de plus en plus incertaine, le changement climatique, le terrorisme, les crises migratoires et les inégalités croissantes. Certains y gagnent mais beaucoup d'autres y perdent.

Pour regagner l’adhésion de ses citoyens, l’Europe doit montrer qu’elle leur fait confiance.


Les leçons du passé: libérer et partager la créativité locale à travers l’Europe

Depuis environ trois décennies, l'Europe a expérimenté un certain nombre d'initiatives très réussies qui fournissent aux habitants des territoires des moyens et des outils pour explorer de nouvelles solutions aux défis auxquels ils sont confrontés.

LEADER en est un bon exemple. Au cours des 25 dernières années, cette initiative a évolué vers ce qu’on appelle maintenant le «développement local mené par les acteurs locaux». Aujourd'hui, plus de 3000 groupes locaux impliquant chacun des centaines de personnes, conçoivent et mettent en œuvre une stratégie qui leur est propre. Couvrant la plupart des zones rurales européennes, une grande partie des zones côtières et, plus récemment, un nombre croissant de quartiers urbains, ces groupes ont obtenu des résultats remarquables en termes de cohésion sociale, de création d'emplois et de développement durable.

Un autre exemple est ERASMUS qui, de manière décentralisée, a permis à plus de trois millions de jeunes de cultiver un sentiment d'identité européenne en leur permettant d'explorer et de s’approprier eux-mêmes la diversité de la culture européenne.

Quelles leçons tirer de ces initiatives? Peuvent-elles aider à repenser les politiques pouvant reconnecter l'Europe à ses citoyens et relever les défis émergents auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui? Telles sont les questions que s’est posé le groupe CARMEN.


Répondre au changement et à la diversité

Durant cette période, l'Europe a énormément changé. Elle est passée de 15 à 28 membres confrontés à des situations socio-économiques et institutionnelles très différentes. Certaines zones métropolitaines et rurales dynamiques ont bénéficié de l'ouverture des frontières, du marché unique et des politiques de cohésion économique et sociale. Mais de nouvelles fractures sociales et territoriales sont apparues. Un grand nombre de zones rurales, de petites villes, de quartiers urbains et périurbains ont été laissés de côté. Leur avenir et celui de leurs habitants semblent de plus en plus incertains.

Bien sûr, les gens ne restent pas sans rien faire face à de tels défis. On observe quantité d'initiatives citoyennes dans des domaines aussi divers que l’alimentation locale, les nouvelles sources d’énergie, le numérique, les nouveaux modes de transport, l’aide sociale, la finance solidaire, les adaptations au changement climatique, etc. Et parmi les plus intéressantes, nombreuses sont menées par des jeunes ou impliquent des jeunes.

Malheureusement, les institutions et les politiques n’ont souvent pas suivi. Ainsi, malgré les bonnes intentions d'intégrer et d’étendre LEADER grâce au financement multi-fonds, les groupes d’action locale sont devenus de plus en plus institutionnalisés et leur action limitée par des lourdeurs administratives disproportionnées. Sans mesures prises pour insuffler un nouvel élan à LEADER, les groupes locaux risquent eux aussi de ne plus répondre aux besoins variés et changeants des populations locales.


Mettre en place les principes d’une gouvernance collaborative

Compte tenu de la rapidité, de la diversité et de la complexité des changements qui affectent l'Europe, il n’y a pas de solution unique. Mais il est possible de renforcer les marges de manœuvre dont les citoyens disposent pour développer leurs propres réponses, en renforçant certains principes de gouvernance collaborative au niveau européen. Il s’agit notamment de:

Faire confiance aux populations locales en particulier aux jeunes, en les invitant à jouer un rôle dans le «projet» européen par des initiatives locales qui leur donnent les moyens de développer leurs propres solutions, dans un esprit de collaboration et coresponsabilité.

Reconnaitre l’importance du niveau local pour bâtir des stratégies créatives, ouvertes et sur mesure, soutenues par l’Union européenne et ses Etats membres. Ces stratégies devraient nourrir et relayer les initiatives citoyennes de terrain (village, quartier…) dans le cadre d'objectifs plus larges de cohésion sociale et de durabilité économique et environnementale.

Renforcer la participation à des partenariats ou des plateformes tournés vers l'avenir, qui rassemblent les acteurs publics, privés et de la société civile. Equilibrés, ouverts et inclusifs, ces partenariats constitueraient le chaînon manquant entre les nombreuses politiques mises en œuvre au niveau national ou régional et les initiatives locales engagées au niveau des villages ou quartiers.

Encourager coopérations et  synergies entre les différents types de territoire, en dépassant les distinctions traditionnelles entre zones urbaines et zones rurales, zones rurales et zones côtières, zones dynamiques et zones en retard de développement.

Promouvoir le dialogue et l'apprentissage mutuel, non seulement entre les différents acteurs d'un même territoire mais aussi entre acteurs de différents niveaux institutionnels, de différents lieux et de différents domaines (recherche, secteurs public, privé, associatif, etc.).

Mettre en valeur les atouts, biens communs et écosystèmes locaux. Accorder priorité aux investissements qui accroissent les connaissances et les capacités des populations locales et qui renforcent l'utilisation durable des atouts stratégiques territoriaux (atouts environnementaux, énergétiques, numériques… Mobilité, alimentation, valorisation des déchets, etc.).


Mettre en pratique ces principes

1. L'Union européenne ferait preuve de confiance envers les citoyens européens en prévoyant d’allouer une part significative de tous les fonds ESI aux initiatives locales menées par les habitants.

2. Idéalement, il s’agirait d'un fonds distinct destiné au développement conduit par les populations locales, décliné en programmes spécifiques nationaux ou régionaux. Dans tous les cas, les montants engagés par les fonds ESI devraient être affectés aux objectifs fixés dans les stratégies conçues par les citoyens, sans distinction ni démarcation entre les fonds.

3. Le programme serait coordonné au niveau européen par une instance spécifique de coordination. Des organes de coordination similaires seraient établis aux niveaux national et régional.

4. Le financement serait décentralisé afin de donner aux stratégies locales la souplesse nécessaire pour répondre aux besoins et défis locaux. On passerait de l’exigence de conformité à l’exigence sur des objectifs, tout en respectant des principes et méthodes convenus d’avance.

5. Les partenariats seraient visibles et reconnus comme des organismes légitimes pour mener à bien différentes tâches, avec l’assurance d’une continuité de financement et des règles d'engagement claires garantissant ouverture, participation et flux continu d'idées nouvelles.

6. Les échanges et l'apprentissage mutuel seraient encouragés via un ERASMUS pour les acteurs locaux.

Afin d’éviter les erreurs du passé, le groupe CARMEN serait heureux de débattre des principes et des mécanismes pour les mettre en pratique qu’il propose avec le plus grand nombre possible d'acteurs concernés de différentes parties de l'Europe. Toute contribution envoyée à contact@carmen.pt est la bienvenue. Plus d’information sur http://carmen.pt/page165.html


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